Soleil à Arequipa: distinguer une croyance d’un savoir scientifique

Soleil à Arequipa: distinguer une croyance d’un savoir scientifique

Auteur / Autor : Olivier Jacques Pascal

Le titre du présent article est tout simplement un extrait du programme officiel de Cycle 4 en Sciences de la Vie et de la Terre (SVT). Quand je cuis arrivé au Collège français d’Arequipa des adultes m’ont dit avec une tonalité solennelle: «l’insolation à Arequipa est exceptionnelle à l’échelle mondiale, elle est par exemple beaucoup plus élevée qu’au Mexique ou qu’au Moyen-Orient. Mettre de la crème solaire est obligatoire».

 

Soleil à Arequipa: distinguer une croyance d'un savoir scientifique

Ozone stratosphérique. Source: Gouvernement du Canada
DU = Dobson Unit. «The Dobson Unit (DU) is the unit of measure for total ozone (…)» (Source: NASA)

 

Je suis donc allé vérifier dans l’atlas solaire mondial. Il s’avère que la DNI (Insolation Normale Directe) à Arequipa est de 2735 kWh/m2/an. Le kilowhattheure est une unité d’énergie. Si le spectre solaire local est riche en rayonnements Ultra-Violets A et B (particulièrement énergétiques) alors les kWh augmentent.

Certes c’est davantage qu’à Séville (2100) ou qu’à Lima (1092) mais bien moins que dans la région d’Atacama au Chili (3800), qu’en Basse-Californie (plus de 3000) au Mexique, qu’en Namibie en Afrique, qu’en Arabie saoudite, au Tibet ou encore en Australie. C’est Atacama qui est exceptionnel, et pas Arequipa.

 

Soleil à Arequipa: distinguer une croyance d'un savoir scientifique

Carte mondiale DNI: https://globalsolaratlas.info/map

 

On est ici dans le registre de la légende urbaine. Or en tant qu’enseignants nous avons le devoir de vérifier nos sources et ne surtout pas nous contenter de rumeurs fussent-elles répétées ad nauseam.

«Oui mais ici à Arequipa la couche d’ozone est très faible, c’est exceptionnel» a-t-on objecté. La encore c’est une affirmation trompeuse. La couche d’ozone, partout sur Terre, est plus épaisse quand on se rapproche des pôles, et plus fine quand on se rapproche de l’Equateur. Là encore rien d’exceptionnel à Arequipa, c’est la même chose dans toute la bande intertropicale.

A 2150 mètres d’altitude (collège STEX) la couche atmosphérique est plus faible qu’au niveau de la mer, mais cela ne change rien au niveau de l’ozone stratosphérique. Autrement dit la DNI est un très bon indicateur comparatif.

Il faut bien sûr se protéger du Soleil mais recourir aux crèmes solaires dont l’impact sur l’environnement et la santé (perturbateurs endocriniens) sont problématiques est une possibilité et en rien une «obligation». Les tissus FPU 50+ sont pertinents, ils bloquent 98% des UVs A et B. Et en ville, marcher à l’ombre est également pertinent, le Soleil est rarement pile poil au zénith !

A noter qu’une étude scientifique française récente montre que l’usage combiné de répulsifs anti-moustiques et de crèmes solaires réduit de façon drastique l’efficacité de ces dernières.

En conclusion, le soleil en excès est dangereux partout sur Terre, et pas uniquement à Arequipa. 37 cas de cancers de la peau ont été détectés à Arequipa en 2024 selon la Liga contra el Cáncer. 34 en 2023. 41 en 2022. Pour une population totale de 1,3 million d’habitants. Pour la majorité des cas considérés ci-dessus il existe des traitements pour stopper la progression du cancer.

Les rayonnements Ultra-Violets sont sufisamment énergétiques pour casser les molécules d’ADN (mutations) et ainsi potentiellement générer des cancers. Et pas les ondes des smartphones, contrairement à une autre légende urbaine.

 

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Pour convertir la longueur d’onde d’un photon en énergie en électronvolts (eV) : Utilisez la relation de Planck-Einstein : E = h × c / λ. Insérez les valeurs de la longueur d’onde (λ), de la constante de Planck (h = 6,626 1 × 10-34 J⋅s) et de la vitesse de la lumière (c = 299 792 458 m⋅s-1).